ZÈTA : LE STYLE A TROUVÉ UNE SECONDE VIE

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Quand le design français transforme les matières oubliées en objets de désir.

Et si le véritable luxe contemporain consistait moins à multiplier les objets qu’à mieux penser leur existence ?

Zèta apporte à cette question une réponse particulièrement séduisante. Depuis sa création en 2020 par Laure Babin, alors encore étudiante, la jeune maison française développe une vision de la chaussure où le style, l’innovation et la responsabilité environnementale ne sont plus opposés mais avancent, littéralement, du même pas.

Imaginées à Bordeaux et assemblées au Portugal dans une logique de circuits courts, les créations Zèta racontent ainsi une autre histoire de la mode : celle d’une génération qui ne souhaite plus nécessairement choisir entre esthétique et conscience. Une philosophie qui trouve naturellement sa place dans l’univers d’Amilcar.

© Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

LA MATIÈRE COMME TERRITOIRE DE CRÉATION

Chez Zèta, tout commence par une question simple : pourquoi produire systématiquement de nouvelles matières lorsque tant de ressources existent déjà autour de nous ? C’est probablement ici que la démarche de la marque devient la plus intéressante. Zèta explore les possibilités offertes par des matières végétales et recyclées que l’on imaginait difficilement entrer un jour dans la composition d’une chaussure. Le raisin en est l’un des exemples les plus emblématiques.

Pour sa collection Alpha, la maison utilise notamment une matière développée à partir de marc de raisin, résidu issu de la production viticole. Après la vinification, celui-ci est déshydraté puis transformé afin d’obtenir une matière souple et résistante destinée à la confection de la chaussure.

Une manière presque poétique de prolonger l’histoire de la vigne : après le vin, le mouvement. La collection Olea poursuit cette exploration à partir de grains de café, des résidus issus de la production d’huile d’olive. Les grignons, peaux, pépins et autres résidus de pressage sont broyés puis transformés afin d’obtenir une matière utilisable pour la chaussure.

À cela viennent s’ajouter polyester recyclé, bouteilles plastiques revalorisées, lacets en matières recyclées, liège recyclé ou encore caoutchouc intégrant lui-même une part de matière réemployée. Une recherche qui dépasse donc largement le simple argument marketing : chez Zèta, le déchet devient une ressource créative.

© Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

DU RAISIN AUX BALLES DE TENNIS

Et la marque ne semble pas vouloir s’arrêter là.Avec ACE’98, Zèta s’est récemment attaquée à un autre objet voué à une existence particulièrement courte : la balle de tennis. L’idée serait née d’une scène familiale. Laure Babin observe son père ramasser des balles devenues inutilisables et s’apprêter à les jeter. Une interrogation surgit : pourquoi ne pas leur inventer une autre vie ? ACE’98 transpose cette intuition dans une sneaker aux références volontairement vintage, inspirée de l’esthétique des courts et des années 1990.

Les balles usagées sont récupérées auprès de clubs partenaires situés à proximité des ateliers portugais. Elles sont ensuite broyées avant d’être intégrées au caoutchouc recyclé utilisé notamment pour la semelle et certains détails de la chaussure.

La tige fait quant à elle appel à une matière souple à base de maïs. Le résultat est intéressant précisément parce que l’innovation ne se voit pas immédiatement.

© Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

On découvre d’abord une sneaker. Son dessin, ses proportions, ses teintes. Puis son histoire. C’est sans doute ainsi que la mode responsable devient réellement désirable : lorsqu’elle n’a plus besoin de sacrifier le plaisir esthétique pour justifier son engagement.

FEMME, HOMME : ZÈTA ÉLARGIT SON VESTIAIRE

Née autour de la sneaker, Zèta construit aujourd’hui un univers beaucoup plus large. Les collections Femme accueillent désormais sneakers, mocassins, derbies, ballerines, chaussures bateau, sandales, mules et modèles barefoot, tandis que le vestiaire Homme associe sneakers, mocassins et derbies à différentes pièces textiles et accessoires.

Une évolution importante, car elle montre que la démarche de Zèta n’a pas vocation à rester enfermée dans la catégorie de la « basket écologique ».

La marque entend progressivement proposer un véritable vestiaire et accompagner différents moments de la journée. Du casual urbain à une allure plus habillée, les lignes restent volontairement lisibles : silhouettes contemporaines, détails rétro, couleurs naturelles ou plus affirmées et cette forme de décontraction française qui fonctionne aussi bien avec un denim qu’avec une silhouette plus sophistiquée. Zèta parle ainsi aux femmes comme aux hommes avec une même idée : consommer différemment ne signifie certainement pas renoncer à l’élégance.

PORTUGAL, LE CHOIX DU SAVOIR-FAIRE

Derrière l’innovation des matériaux demeure un élément essentiel : la main.

Les produits Zèta sont assemblés au Portugal, pays dont le savoir-faire dans la chaussure est reconnu bien au-delà de ses frontières. La proximité géographique des ateliers permet également à la marque de privilégier une production européenne et des chaînes d’approvisionnement plus courtes.

Cette rencontre entre une direction créative française et le savoir-faire artisanal portugais participe fortement à l’identité de Zèta. Car une matière innovante ne suffit pas à créer une belle chaussure. Encore faut-il savoir la couper, l’assembler, la travailler et lui donner cette qualité presque invisible qui transforme une idée responsable en véritable produit de mode.

LA SECONDE MAIN COMME PROLONGEMENT NATUREL

Mais penser autrement la production ne suffit pas, encore faut-il s’intéresser à ce qui arrive au produit après sa première vie. Zèta a donc intégré la seconde main directement à son propre univers. Sur son site, la maison propose une sélection de modèles ayant déjà vécu et prêts à repartir pour une nouvelle histoire. Le message tient en quelques mots : « Donnez-leur une seconde vie. » Cette initiative est particulièrement pertinente.

Pendant longtemps, l’industrie de la mode a construit son modèle autour d’une succession presque infinie : produire, acheter, porter, remplacer. L’économie circulaire propose une autre temporalité: porter, entretenir, réparer lorsque cela est possible. Transmettre, revendre, réutiliser et seulement ensuite envisager la fin de vie. En réintégrant la seconde main dans son propre écosystème, Zèta contribue ainsi à modifier notre relation à l’objet. Une paire de chaussures n’est plus nécessairement destinée à un seul propriétaire : elle peut poursuivre son voyage.

UNE NOUVELLE IDÉE DU DÉSIR

Il serait pourtant réducteur de regarder Zèta uniquement à travers le prisme environnemental. Ce qui nous intéresse davantage chez Amilcar est la transformation profonde du désir que symbolisent des maisons comme celle-ci. Pendant des décennies, la nouveauté constituait l’un des moteurs absolus de la mode : nouvelle collection, nouvelle matière, nouvel objet.

© Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

Aujourd’hui, une génération de créateurs inverse progressivement cette logique : l’innovation peut aussi consister à regarder ce qui existe déjà et à lui inventer une nouvelle destination. Un résidu de vigne devient une sneaker, les restes de l’olive deviennent matière, une bouteille abandonnée peut participer à la fabrication d’une doublure.

Une balle ayant vécu ses derniers échanges sur un court de tennis poursuit son existence sous nos pas. Et une chaussure déjà portée peut rencontrer un nouveau propriétaire. Voilà peut-être la véritable modernité.

© Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

ZÈTA, UNE MARQUE INDÉPENDANTE QUI AVANCE

Auto-financée et indépendante, Zèta s’est développée depuis Bordeaux avec ses artisans, ses partenaires et une communauté qui accompagne son évolution. La marque revendique aujourd’hui 150 000 kg de matières ou déchets « sauvés » depuis 2020, selon son propre compteur. Mais au-delà des chiffres, nous préférons retenir une philosophie. Faire mieux avec ce qui existe. Redonner de la valeur à ce que l’on considérait hier comme inutile. Créer moins aveuglément et imaginer davantage.

Dans un secteur de la mode confronté à la nécessité de repenser ses modèles, Zèta fait partie de ces jeunes maisons françaises qu’Amilcar aime observer : indépendantes, créatives et suffisamment audacieuses pour considérer la contrainte environnementale non comme un frein, mais comme un nouveau territoire d’expression. Car finalement, l’élégance de demain ne se mesurera peut-être plus seulement à ce que nous portons. Mais aussi à l’histoire de ce que nous avons choisi de ne pas jeter.

Découvrir Zèta : zeta-shoes.com

Crédits photos & vidéos : © Zèta 2026 – © Alexandre Joulia photographe AMILCAR MAGAZINE GROUP

Sélection : Alexandre Joulia, rédacteur en chef adjoint et photographe  AMILCAR MAGAZINE GROUP & THE RIGHT NUMBER MAGAZINE.

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  • Rachel Joulia-Helou, editor-in-chief of AMILCAR  MAGAZINE GROUP.
  • Alexandre Joulia, photographer and deputy editor of AMILCAR  MAGAZINE GROUP.

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